lundi 27 juin 2011

Crise identitaire: nous y voilà!

Je me souviens encore de l'ambiance qui régnait à Tunis après la fuite de Ben Ali. Après quelques jours de terreur et d'incertitude, la vie reprenait son cours petit à petit. Comme réveillés d'un cauchemar et d'un envoutement maléfique, les gens ont repris la parole: les manifestations pour la dissolution du RCD se multiplient, les exilés rentrent, les libertés sont retrouvées, ou presque. Les policiers étaient encore sous l'emprise de leur père spirituel ZABA et n'avaient pas encore rompu avec les anciennes pratiques. C'était normal et ordinaire pour nous, et ça ne nous faisait pas peur car nous savions que désormais, le peuple n'aura plus jamais peur.
Le peuple, uni, a réussi à déchoir un régime de 23 longues années d'oppression et de torture. Le peuple, toujours uni, a réussi à protéger son quartier , sa famille et ses voisins pendant de longues nuits d'insomnie et de peur, des nuits qui ont été décisives pour la Tunisie. Le peuple, uni, à imposé la dissolution de l'unique parti au pouvoir et les élections d'une assemblée constituante.
A l'avenue Bourguiba, le paysage était désolant pour certains à cause des actes de vandalisme et des ordures dans les rues, mais charmant pour d'autre: le peuple était entrain de réapprendre la liberté. Pendant que des groupes manifestaient devant le ministère de l'intérieur, d'autres buvaient joyeusement au café l'Univers, jouaient de la musique, dansaient. Dieu, que c'était beau, l'on fêtait la liberté et l'on se préparait à reconstruire la Tunisie.

-Regarde, une femme en Niqab! dis-je à mon ami, et regarde ce type en Kamiss !
-C'est trop beau, me répondit-il! On est enfin libres ! je suis content Aïda !
-Pourvu que ça dure! Pourvu que nous puissions vivre tous ensemble en paix !

J'avais tort.

J'insiste sur le mot UNI. Nous étions unis jusqu'à ce fameux dimanche du mois de Janvier, le 30 Janvier 2011 à 11h il était de retour. Rached Ghannouchi que vous connaissez tous. Je n'avais et je n'ai toujours rien contre son retour. Il a droit à son pays comme tout le monde. Mais, j'ai appris de nouvelles choses sur nous depuis ce jour là. Qui suis-je? Que dois-je répondre quand on me questionnera sur mes origines? Que dois-je répondre quand on me dira que la Hijab ou le Niqab sont une tradition vestimentaire en Tunisie? J'ai la rage. Alors qu'on a déjà du mal à renouer le lien entre les nouvelles générations et nos traditions tunisiennes, une nouvelle culture, complétement étrangère à la Tunisie voit le jour avec l'arrivée de ce monsieur.
Monsieur, vous avez peut être réussi à diviser la Tunisie en deux, mais MOI, je ne renoncerai jamais à mes origines et mes traditions dont je suis fière. La Tunisie ça n'a jamais été  Niqab et polygamie, la Tunisie c'est tolérance, joie de vivre, respect de la femme tout comme de l'homme. La Tunisie c'est Boukha et Fouta w Blousa, c'est Brick et Maakouda, c'est Ramadan dans toute sa splendeur et sa beauté et c'est l'été avec ses touristes et ses plaisirs.
Monsieur, la Tunisie était déjà un pays musulman avec votre arrivée vous n'avez rien à apprendre aux tunisiens. Si vous pouvez faire quelque chose pour eux, ça serait de les laisser vivre en paix et en liberté.

lundi 28 février 2011

Le centre ville, plus lugubre tu meurs!

 L'interdiction de circulation à l'avenue Habib Bourguiba fut levée dimanche 27 Février à minuit. Pourtant le fait même d'y marcher semble ne pas plaire à certains. A 17h l'avenue est presque déserte. Déserte des terrasses de cafés et des restaurants, déserte des jeunes, des promeneurs, des vieux retraités discutant les évènements actuels et dénombrant les trésors dérobés par Leila, déserte des manifestations, activité interdite aux tunisiens depuis 1987. Il a plu toute la journée, il fait froid et les nuages accentuent l'aspect glauque et désolant de la rue. Dans ce triste paysage on peut apercevoir des petits groupes d'individus, tout de noir habillés, jeunes et mal polies, des types qui se disent "de la police" et qu'on aurait plutôt pris pour les casseurs du weekend. Ces "pseudo policiers" , cache col sur la bouche en guise de cagoule, vous arrête et vous demande ce que vous faites. "Je joue à cache-cache pourquoi?". Osez sortir un appareil photo ou un téléphone portable, osez vous insurger contre un contrôle d'identité, osez et préparez-vous à quelques belles paroles remplies de délicatesse, évitez de vous faire arrêter pour une ou deux heures, vous risquerez d'être en retard pour votre rendez-vous ou le métro. Ben Ali, comme ton odeur persiste dans les rues de Tunis, comme elle demeure dans les vêtements et l'haleine de ces chiens affamés et enragés, que tu as appris récemment à porter des cagoules.